Lutte contre la gale bactérienne dans les tomates de champ en Ontario : il est temps d’actualiser nos méthodes

Cheryl Trueman, campus de Ridgetown, Université de Guelph; Janice LeBoeuf, spécialiste de la culture des légumes, MAAARO

La gale bactérienne, causée par un groupe de bactéries du genre Xanthomonas, est une menace permanente pour les producteurs ontariens de tomates de champ. Pendant de nombreuses années, on a eu recours à un programme de pulvérisation de bouillies à base de cuivre insoluble pour lutter contre la gale bactérienne dans les plants en motte et les tomates de champ. Les producteurs de plants de repiquage ont été informés d’appliquer du bactéricide à base de cuivre insoluble deux semaines et demie après les semis à intervalles de cinq jours pour un total de cinq applications. Pour les tomates de champ, on recommandait de commencer les traitements de cuivre dans les sept jours suivant le repiquage, comprenant au moins trois applications à sept jours d’intervalle. Sachant que le cuivre et d’autres produits sont relativement peu efficaces contre les maladies bactériennes, la stratégie avait pour but de maîtriser partiellement les populations en début de saison quand ces dernières sont encore peu élevées. Une fois les symptômes sont apparus, les populations de bactéries sont tellement élevées qu’on ne s’attend plus à ce que le traitement ait un effet significatif sur l’évolution de la maladie en ayant recours à un programme de pulvérisations.

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Essais sur l’efficacité des traitements

Pendant la décennie qui a suivi la mise au point de ces protocoles, plusieurs nouveaux produits ont été homologués avec mention de la gale bactérienne sur leur étiquette. Encore plus d’essais d’efficacité ont été réalisés pour évaluer l’efficacité au champ de ces traitements (tableau 1). Dans le cadre d’essais, effectués entre 2010-2014 au campus de Ridgetown de l’Université de Guelph, avec un isolat de Xanthomonas gardneri sensible au cuivre, le seul programme de pulvérisation présentant des résultats constants année après année fut celui qui prévoyait huit applications de Kocide 2000 + Actigard commençant sept jours après le repiquage, à sept jours d’intervalle. Ce traitement a réduit chaque année de manière mesurable la présence de la maladie, sans toutefois toujours augmenter les rendements ni réduire la gale sur les fruits.

D’autres programmes à base d’utilisation de cuivre, ainsi que d’autres produits mis à l’essai, se sont révélés inégaux ou inefficaces. Les données sur l’efficacité des traitements laissent croire que les producteurs n’obtiendront pas un avantage économique avec des applications de cuivre contre la gale bactérienne dans les tomates de champ. L’efficacité du cuivre et des autres traitements sur les plants de tomates repiqués continue de faire l’objet d’évaluations au campus de Ridgetown.

Ces résultats sont conformes à ceux qui ont été obtenus dans le cadre d’un sondage que nous avons effectué auprès de l’industrie ontarienne de la transformation des tomates en Ontario. Plus de 80 % des producteurs qui y ont répondu avaient utilisé un programme de pulvérisation à base de bouillie cuprique en 2014, mais seulement 18 % d’entre eux estimaient que ces traitements avaient contribué à réduire les pertes dues à une maladie bactérienne. Par ailleurs, selon Pervaiz Abbasi (AAC), plus de 70 % des isolats de Xanthomonas spp. à l’origine de la gale bactérienne, qui provenaient de tomates du sud de l’Ontario en 2012 présentaient une résistance au cuivre.

Tableau 1. Efficacité des produits utilisés pour maîtriser partiellement la gale bactérienne dans les tomates de transformation en Ontario au campus de Ridgetown de l’Université de Guelph. Les tomates ont été inoculées avec les bactéries Xanthomonas gardneri (2013-2014) ou Pseudomonas syringae pv. tomato et X. gardneri (2010-2012) sensibles au cuivre, deux à trois semaines après le repiquage. Tous les programmes, à l’exception des programmes utilisant du Cal-Mag-B/KP, comportaient huit applications à sept jours d’intervalle, la première application se faisant au plus tard sept jours après le repiquage chaque année. Les programmes utilisant du Cal-Mag-B/KP comportaient un total de 11 applications. Les essais réalisés entre 2010 et 2013 ont été effectués avec la variété de tomate cv. H9909, et l’essai de 2014 a été effectué à l’aide de la variété cv. H5108. Ce ne sont pas tous les produits qui sont homologués pour utilisation sur les tomates au Canada.

LÉGENDE DU TABLEAU : E = Réduction sur l’incidence de la maladie en début de saison, D = réduction de la défoliation, Y = augmentation de rendement, F = réduction de l’incidence ou de la gravité de la maladie sur les fruits, ‘– ’ = pas d’effets significatifs, nt = non testé.

Traitement

Matière active

Effet versus témoin non traité a

2010

2011 2012 2011 + 2012 b 2013

2014

Kocide 2000 Hydroxyde de cuivre

E

E – / – c

D

Kocide 2000 + Dithane Hydroxyde de cuivre+ mancozèbe

E

E D / D c

D, F

Serenade Max Bacillus subtilis QST 713

E

Kocide 2000 + Serenade Max Hydroxyde de cuivre+ Bacillus subtilis QST 713

E

E    

Kocide 2000 alt. Serenade Max Hydroxyde de cuivre alt. Bacillus subtilis QST 713

E

E

   
Regalia Maxx Extrait de Reynoutria sachalinensis

Kocide 2000 + Regalia Maxx Hydroxyde de cuivre+ extrait de Reynoutria sachalinensis

E

E  

Kocide 2000 alt. Regalia Maxx Hydroxyde de cuivre alt. extrait de Reynoutria sachalinensis

E

 

 
Actigard Acibenzolar-S-méthyl

E

Kocide 2000 + Actigard Hydroxyde de cuivre+ acibenzolar-S-méthyl

E

E E, D, Y E

D, F

Kocide 2000 alt. Actigard Hydroxyde de cuivre alt. acibenzolar-S-méthyl

E

   
Kasumin Kasugamycine

E

         
Kocide 2000 + Kasumin Hydroxyde de cuivre+ kasugamycine

E

         
Kocide 2000 alt. Kasumin Hydroxyde de cuivre alt. kasugamycine

E

         
Bravo Chlorthalonil

Kocide 2000 + Bravo Hydroxyde de cuivre+ Chlorthalonil

F

Quintec Quinoxyfène

Kocide 2000 + Quintec Hydroxyde de cuivre

Kocide 2000 + Dithane + Quintec Hydroxyde de cuivre+ mancozèbe + quinoxyfen

496/A + 497/B Inconnue

496/A + 497/B + Actigard Inconnue+ acibenzolar-S-méthyl

Taegro Bacillus subtilis var. amyloliquefaciens FZB24

Agral 90 Surfactant non ionique

Surround Kaolin

Oligo-éléments Double concentration Cuivre hydrosoluble  

       
THIS Cuivre et soufre Cuivre élémentaire + soufre  

       
Cal-Mag-B alt. KP350DP Ca, Mg, B alt. extrait de Saccharomyces cerevisiae, oligo-éléments chélatés, alpha-cétoacides et acide humique    

     
Cal-Mag-B alt. KP350OR Ca, Mg, B alt. extrait de from Saccharomyces cerevisiae, oligo-éléments chélatés alpha-cétoacides, et acide humique    

     
Cal-Mag-B alt. KP1000DP Ca, Mg, B alt. oligo-éléments chélatés, alpha-cétoacides et acide humique.    

     

a Les lettres indiquent les différences significatives suivantes avec le témoin non traité chaque année (P ≤ 0,05, nouveau test de Duncan ou test de Tukey fondé sur la variance) . b Résultats d’un essai qui a été répété en 2011 et 2012. Les données des deux années ont été regroupées, car l’analyse indiquait qu’il n’y avait pas d’interaction significative entre les essais et traitements. c Inclus dans deux essais en 2013.

Nouvelle stratégie

Il est évident que si l’on souhaite améliorer la lutte contre la gale bactérienne, on doit trouver autre chose qu’un programme de pulvérisation qui n’a que peu ou pas d’effet sur les réductions des pertes de rendement et de qualité. Nous suggérons donc d’actualiser nos tactiques de manière à exclure l’agent pathogène des systèmes de cultures des tomates et à exclure sa propagation. Globalement, la stratégie consiste à adopter diverses pratiques visant à limiter la propagation et à retarder le plus possible l’épidémie de gale bactérienne. Nous avons dressé une liste de pratiques de gestion optimales à l’intention des producteurs de tomates de champ de l’Ontario.


Niveau 1 – Niveau qui risque offrir la meilleure efficacité

Transport/ ramassage des plants de repiquage Une culture par chargement.

  • Ne pas venir ramasser les plants avec une remorque déjà à moitié remplie de plantes hôtes (tomates, poivrons et piments) provenant d’une autre serre.
Nettoyer et désinfecter la remorque entre les chargements.

  • Utiliser les désinfectants appropriés selon les concentrations recommandées (voir Ressources additionnelles).
Repiquage Nettoyer et désinfecter la transplanteuse (surfaces en contact avec les plants et les plateaux alvéolés) avant de passer à une autre parcelle et entre le repiquage de différentes variétés.

  • Utiliser les désinfectants appropriés selon les concentrations recommandées (voir Ressources additionnelles).
Les travailleurs effectuant le repiquage doivent se laver les mains et les désinfecter ou changer de gants jetables à chaque pause.

  • Les bactéries peuvent se propager d’un plant à l’autre par les mains des travailleurs.
  • Exemple : à un rythme de repiquage de 1,5 acre/heure avec six travailleurs (1/rangée) et 13 000 alvéoles à l’acre, 3250 alvéoles par personne sont touchées à l’heure.

Niveau 2 – Efficacité moyenne

En saison Éviter de repiquer des plants de tomates dans le voisinage immédiat d’autres cultures hôtes (poivrons et piments, autres tomates).
Nettoyer et désinfecter le pulvérisateur et le matériel utilisé pour le travail du sol avant de passer à une autre parcelle.

  • Les bactéries peuvent se propager d’une parcelle à l’autre par le matériel qui est en contact avec les plants.
Dans le cas des plants de tomates de transformation et des plants sans tuteur destinés au marché du frais, cesser le binage trois ou quatre semaines après le repiquage.

  • Cette mesure réduira le déchirement des feuilles quand les rangées commencent à se recouvrir.
Cesser le travail du sol entre les rangées trois ou quatre semaines après le repiquage.

  • Cette mesure réduira le déchirement des feuilles quand les rangées commencent à se recouvrir.
Avec des plants tuteurés (taille et pose des attaches), nettoyer et désinfecter les outils avant de travailler sur un autre plant. Changer de gants ou se laver et se désinfecter les mains avant de changer de rangée.

  • Les bactéries peuvent se propager d’un plant à l’autre ainsi que par les outils et les mains des travailleurs.
Aviser les dépisteurs et les autres visiteurs de se laver et de se désinfecter les mains ou de porter des gants avant d’entrer dans chaque parcelle. Le port de protège-bottes en plastique à changer entre chaque parcelle freinera aussi la propagation des agents pathogènes du sol entre les parcelles.
Effectuer huit applications de cuivre + Actigard, à sept jours d’intervalle, à partir du septième jour suivant le repiquage.

  • Des recherches étalées sur cinq ans au campus Ridgetown ont montré que c’est ce programme qui permet de réduire le plus souvent les maladies en début de saison et, dans certains cas, de diminuer aussi la défoliation. Il s’agit du seul programme qui comporte des avantages en matière de rendement (un an sur cinq) dans les essais. Voir le tableau 1.

Niveau 3 – Efficacité inférieure à celles des niveaux 1 et 2

En saison Lutte contre les mauvaises herbes au champ.

  • Les mauvaises herbes sont des hôtes potentiels de la gale bactérienne et elles interfèrent avec la circulation de l’air et l’assèchement de la couverture végétale.
Mise en jachère des zones basses dans le champ (mauvais drainage démontré, baissières).

  • Cette mesure peut être appropriée aux endroits où des symptômes graves se manifestent en premier, mais il ne s’agit probablement pas de la source initiale de l’inoculum.

Niveau 4 – Inefficace contre la gale bactérienne

Avant la saison Rotation des cultures.

  • Cette mesure est utile pour lutter contre bon nombre de ravageurs, mais elle ne l’est pas contre la gale bactérienne.
En saison Recours à d’autres programmes de pulvérisation, à l’exception du programme décrit au niveau 2.

  • Des recherches, étalées sur cinq ans, concernant l’efficacité des traitements contre la gale bactérienne au campus de Ridgetown ont montré qu’aucun programme de pulvérisation testé, sauf celui avec cuivre + Actigard (décrit au niveau 2), n’était vraiment efficace (voir tableau 1).
Pulvérisations de bactéricides basées sur l’indice de gravité de la maladie (IGM).

  • TomCAST est conçu en fonction de la biologie des champignons pathogènes responsables de l’alternariose, de la septoriose et de l’anthracnose. La période où sont effectuées les pulvérisations basées sur l’IGM n’est pas appropriée à la lutte contre la gale bactérienne.
Utilisation de désinfectants sur les outils, l’équipement, les mains et les autres surfaces sans prénettoyage pour éliminer les pellicules et la matière organique.

  • Pour être efficaces, les désinfectants doivent être appliqués sur des surfaces propres.
Mise en place d’un programme de nettoyage et de désinfection des outils, de l’équipement, des mains et des autres surfaces après que la maladie est établie.

  • Les bactéries sont présentes (et peuvent se propager) bien avant l’apparition des premiers symptômes.

Ne pas se contenter d’y penser

Quand on adopte un nouveau programme de lutte contre les maladies bactériennes à la ferme, il est indispensable de le mettre par écrit, de former les personnes qui exécuteront les diverses tâches et de tenir des registres. Les protocoles écrits et les listes de vérification n’ont pas à être trop détaillés, mais ils sont nécessaires pour s’assurer de ne rien oublier. Il est conseillé de les revoir en équipe et de les mettre à jour pour y apporter des changements selon l’expérience et l‘apport de nouvelle information.

En conclusion, la recherche montre qu’il est temps d’aller plus loin que la stratégie de pulvérisation et de mettre l’accent sur d’autres mesures de lutte. On doit ainsi viser l’utilisation de tactiques visant à exclure l’agent pathogène des systèmes de cultures des tomates et à freiner sa propagation dans la culture. Cette mesure requiert l’adoption de diverses pratiques visant à limiter la propagation et à retarder le plus possible l’épidémie de gale bactérienne. Cette stratégie n’est pas simple et entraîne certains coûts. Il est important toutefois d’avoir aussi en mémoire le coût des programmes de pulvérisation qui présentent peu ou pas d’avantages ainsi que le coût des pertes potentielles dues à la gale bactérienne.

Ressource additionnelle

On-Farm and Greenhouse Sanitation and Disinfection Practices to Minimize the Impact of Plant Pests (Ministère de l’Agriculture de la C.-B.)  (en anglais seulement)

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