Risques de propagation de pourritures à Phytophthora par l’eau d’irrigation dans les cucurbitacées et les poivrons

Elaine Roddy, spécialiste de la culture des légumes/MAAARO

Les pourritures causées par Phytophthora capsici représentent une maladie grave et complexe des poivrons et des cucurbitacées. Sous des conditions environnementales adéquates, l’infection peut rapidement se propager et détruire entièrement une culture en quelques jours. Les choix de produits de lutte chimique sont limités et, de plus, ils ne procurent souvent qu’une maîtrise partielle et non complète de l’agent pathogène.

La maladie

Dans les poivrons, les symptômes peuvent se manifester par une pourriture du collet, des taches foliaires, une pourriture ou un rabougrissement du fruit.  Au début, les lésions de la tige sont vert foncé et aqueuses pour s’assécher par la suite et devenir brun pourpre. Habituellement, la portion de la plante au-dessus de la zone affectée se flétrit (figure 1). On peut observer une décoloration brune du tissu vascularisé lorsqu’on tranche la tige principale. Des lésions irrégulières aqueuses peuvent apparaître sur les feuilles, pour devenir brun clair ou décolorées en s’asséchant.  Des plaques gorgées d’eau qui finissent par se ratatiner et noircir peuvent aussi apparaître sur le fruit.

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A la gauche : La portion du plant de poivron au-dessus de la zone affectée se flétrit.

Au centre : Des lésions vert foncé se forment sur le collet, annelant ce dernier et entraînant le jaunissement /brunissement de tout le plant et sa mort.

A la droite : Les spores blanches ressemblent à un fin saupoudrage de sucre en poudre

Une moisissure blanche à grisâtre peut apparaître sur la lésion ou à l’intérieur du fruit. Le fruit se rabougrit habituellement, mais demeure fixé au plant.

Selon le type de cucurbitacée et le moment de l’infection, les symptômes comprennent l’arrêt de croissance, la pourriture du collet et la pourriture du fruit. La phase de la pourriture du collet est la plus destructrice. Des lésions vert foncé se forment sur le collet, annelant ce dernier et entraînant le jaunissement /brunissement de tout le plant et sa mort (figure 2).  Les infections des fruits se manifestent d’abord par la présence d’une grosse lésion aqueuse. Dans des conditions humides, une mince couche de spores blanches se développe à la surface du fruit.  Ces spores ressemblent à un fin saupoudrage de sucre en poudre (figure 3).

Propagation et survie

P. capsici est persistant et difficile à combattre notamment parce que cet agent pathogène produit différents types de spores, chacune étant adaptée pour survivre à un type d’environnement différent.

  • Les oospores vivent dans des débris végétaux et dans un sol infesté pendant de longues périodes (3 à 4 ans).
  • Des sporanges apparaissent sur le matériel végétal infecté.Ils peuvent se propager dans l’air, ce qui intensifie la transmission de la maladie dans le champ.  En présence d’eau mobile, les sporanges peuvent éclater et libérer des zoospores.
  • Les zoospores vivent dans l’eau et peuvent nager activement à travers les sols saturés vers les racines des plantes. Elles sont également transportées par l’eau en circulation et elles demeurent viables pendant plusieurs jours dans les ruisseaux et les étangs.

Étude sur l’eau d’irrigation à l’Université du Michigan

Mary Hausbeck, de l’Université du Michigan, a réalisé une vaste étude sur la présence de phytophthora dans les sources d’eau d’irrigation et des répercussions possibles de celle-ci.

Aux fins de l’étude, des concombres et des poires ont été placés dans des caisses de lait flottantes introduites dans différents types d’eau de surface, soit des rivières, des fossés, des étangs alimentés naturellement et des étangs alimentés par des puits profonds.  Les fruits utilisés comme appâts ont été laissés dans l’eau pendant 3 à 5 jours après lesquels des échantillons de tissus des fruits infectés ont été analysés au laboratoire pour vérifier la présence de P. capsici.

P. capsici a été le plus souvent observé dans les fruits placés sur des rivières ou des fossés, surtout lorsque le site d’échantillonnage était à proximité d’une culture hôte. Toutefois, l’agent pathogène était aussi présent les années où les cultures voisines n’étaient pas des cultures hôtes. On a rarement trouvé le champignon dans des étangs alimentés par des puits profonds.

Il semble que les spores n’hivernent pas dans les sources d’eau. On présume que les spores pénètrent dans les cours d’eau par les eaux de ruissellement des champs infectés ou infestés. L’étude n’a cependant pas révélé une corrélation nette entre les épisodes majeurs de précipitation et la présence de P. capsici dans la source d’eau. L’étude a toutefois révélé que l’irrigation à partir des eaux de surface constitue une source potentielle d’infection à phytophthora dans les cultures de cucurbitacées et de poivrons.

Analyses maison

Les producteurs ontariens devraient-ils effectuer des analyses semblables de leurs sources d’eau? Pas nécessairement. Dans le cadre de l’étude de l’Université du Michigan, la présence de P. capsici était très variable durant les périodes d’échantillonnage. Même dans le cas d’une source d’eau à haut risque, les analyses peuvent se révéler négatives une semaine et positives la semaine suivante. Chaque analyse ne donne en fait qu’un instantané dans le temps et non le portrait global du risque relatif. Au moment où les résultats d’analyse seront connus, la situation sur le terrain aura sans doute changé.

La méthode de laboratoire utilisée par Mary Hausbeck est coûteuse et demande beaucoup de travail. Il est possible que d’autres méthodes, comme les bandelettes réactives ou l’analyse de l’eau, soient moins chères. Toutefois, ces méthodes n’ont pas été entièrement évaluées et on n’a pas encore démontré qu’elles donnaient des résultats comparables aux analyses de laboratoire.

En fait, ce qu’on doit retenir de l’étude de Mary Hausbeck  c’est qu’il faut éviter d’utiliser les eaux de surface pour irriguer les cultures vulnérables, surtout en présence d’antécédents de P.  capsici dans la région. Les puits profonds ou les étangs aliments par des puits profonds constituent le meilleur choix.

L’étude du Michigan n’a pas évalué les étangs alimentés par des eaux de surface durant le ruissellement printanier. Si l’étang ne reçoit pas d’eau de surface additionnelle ou d’eau de ruissellement durant la saison de croissance, on peut présumer que le risque est faible; toutefois, aucune recherche n’a été réalisée pour appuyer cette hypothèse.

Pratiques optimales de gestion

  • Drainage, drainage, drainage. Les sols humides favorisent la croissance de Phytophthora. Ne pas planter de cultures sensibles dans des champs mal drainés. Éviter les cultures dans des zones affaissées. Recourir à des pratiques culturales qui atténuent le compactage. Ces pratiques incluent notamment l’utilisation de cultures de couverture, le recours à des allées consacrées à la circulation et l’utilisation de rotations avec des cultures à racines profondes. Les rangées surélevées améliorent le drainage et contribuent à réduire la gravité des infections.
  • Faire des rotations à l’écart de toutes les cultures-hôtes pendant au moins quatre ans.Voir ci-dessous la liste des cultures hôtes possibles.
  • Ne pas trop irriguer, surtout durant la récolte.
  • Retirer du champ tous les plans qui présentent des symptômes d’infection (ainsi que ceux qui entourent les plants sains).
  • Nettoyer tout le matériel et les bottes afin d’éviter de transporter l’agent pathogène dans des champs non contaminés.

Phytophthora capsici – Cultures hôtes

Ce ne sont pas toutes les cultures énumérées ci-dessous qui vont montrer des signes d’infection par P. capsici dans le champ, mais elles peuvent toutefois agir comme hôtes. Éviter de planter ces cultures en rotation avec les cucurbitacées et les poivrons.

  • Cucurbitacées : cantaloup, concombre, potiron, citrouille, courge, courgette, melon d’eau
  • Solanacées : aubergine, poivron et piment, morelle, tabac et tomates
  • Légumineuses : pois mange-tout, fèves de lima, pois
  • Autres : betterave, radis, navet, bette à carde, carotte, oignon, et kalanchoe.

Références

  • Gevens, J., Lamour, K.H., Donahoo, R. et Hausbeck, M.K. Characterization of Phytophtho- ra capsici from Michigan surface irrigation water, 2007. Phytopathology97 : 421-428.
  • Hausbeck, K., Granke, L.L.et Linderman, S.D.. Phytophthora and Irrigation Water, 2012 Michigan State University Extension Factsheet.
  • LIculture Ontario– Infections à phytophthora dans les poivrons. ontario.ca/LIcultures
  • Babadoost, M. Compte rendu de l’atelier sur la lutte contre les maladies : Pourritures à Phytophthora dans les cucurbitacées et les poivrons, 2014, Ridgetown, Ontario.
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