Les cultures de couverture : tant d’autres choses à apporter!

Anne Verhallen, spécialiste de la gestion des sols — cultures horticoles 

Les cultures de couverture constituent une solution incontournable pour les terres végétales : elles tiennent sur le sol et empêchent la terre d’être « soufflée » au printemps, elles agissent comme un filtre et fixent les sols durant les périodes de fortes précipitations et enfin, elles aident à stabiliser les fourrières des champs et les allées de récolte. Mais les cultures de couverture peuvent apporter encore bien d’autres choses au système de production des cultures.

Cultures de couverture Famille Système racinaire et rôle
Avoine, seigle, blé, millet à chandelle, ray-grass annuel Graminées Système racinaire fibreux — excellent moyen d’amender la structure des sols
Trèfle, luzerne, pois, vesce Légumineuses Système racinaire pivotant, certains étant plus fibreux — fixent l’azote de l’atmosphère
Radis à graines oléagineuses, colza, canola Brassicacées — autres membres de la famille du chou Système racinaire pivotant — couverture rapide des sols et besoins élevés en azote
Sarrasin, phacélie Divers Racine pivotante faible et systèmes racinaires

Avantages liés à l’alternance — obtenir une bonne alternance des cultures peut s’avérer particulièrement difficile compte tenu de la valeur élevée et de la surface limitée des terres végétales. Sélectionnez des cultures de couverture appartenant à des familles sans rapport avec vos cultures pour être sûr d’obtenir un avantage maximal lié à l’alternance. L’introduction d’un système racinaire différent et l’obtention de résidus de cultures différents favoriseront une plus grande variété d’organismes dans le sol et promouvront en particulier les organismes bénéfiques. Les recherches sur l’alternance en grande culture laissent penser que l’on peut obtenir un accroissement des rendements d’environ 10 % grâce à une alternance variée et bien planifiée.

Suppression des mauvaises herbes — les cultures de couverture peuvent contribuer à la suppression des mauvaises herbes à différentes périodes tout au long de l’année de production. Une culture de couverture plantée au début du printemps en prévision d’une culture de saison chaude est en mesure de faire de l’ombre aux mauvaises herbes et de retarder leur apparition. De la même façon, la plantation d’une culture de couverture après une récolte précoce, par exemple des pois, peut réduire de façon significative la biomasse de mauvaises herbes présente dans le champ et le potentiel de production de graines. Les cultures de couverture peuvent supprimer ou réduire les mauvaises herbes de différentes façons, la plupart relevant soit de l’allélopathie soit de phénomènes de base liés à la concurrence ou à l’ombre.

Fig. 1 — parties aériennes du sorgho

Fig. 1 — parties aériennes du sorgho

Les cultures de couverture de la famille du sorgho, comme l’hybride sorgho soudan, ont été étudiées en profondeur pour leur capacité de lutte allélopathique contre les mauvaises herbes. Les exsudats des racines de l’hybride sorgho soudan contiennent un composant allélopathique appelé sorgoleone dont on a pu montrer qu’il apportait une contribution importante à la suppression des mauvaises herbes habituelles telles que les solanacées, les amaranthes et la petite herbe à poux (Czarnota et collègues, 2001). Le seigle constitue une autre culture de couverture connue pour ses effets allélopathiques. Les composants actifs pour la suppression des mauvaises herbes ont souvent une durée de vie courte et ne subsistent qu’aussi longtemps que le peuplement est présent. Dans le cas du seigle, le principal composant allélopathique dépend de la variété concernée et de sa maturité, l’activité allélopathique déclinant au fur et à mesure que le seigle mûrit (Regerg-Horton et collègues, 2005).

Les cultures de couverture comme le sarrasin et celles qui appartiennent à la famille des brassicacées, par exemple le radis à graines oléagineuses, le radis daikon, le colza et le canola, sont en mesure de couvrir le sol rapidement et de créer de l’ombre, entravant la germination précoce des graines de mauvaises herbes. Toutefois, pour prévenir les maladies, vous devriez éviter ces cultures de couverture si vous produisez des cultures de la même famille, par exemple des brocolis et certains légumes asiatiques.

Les graminées de saison chaude, comme le millet à chandelle et l’hybride sorgho soudan, se montrent également, dans de bonnes conditions, très performantes en ce qui concerne la rapidité de croissance et la production d’ombre sur le sol. On a montré que l’hybride sorgho soudan, géré avec des coupes successives, réduisait la densité des peuplements de chardons du Canada par l’intermédiaire des mécanismes de concurrence.

Réduction des populations de nématodes — les nématodes sont des ravageurs menaçants pour de nombreuses cultures légumières. Toutefois, il est important d’effectuer des tests pour déterminer l’espèce de nématodes présente dans vos champs. Une fois l’espèce connue, il sera plus facile de déterminer les choix de cultures de couverture. Le nématode radicicole constitue, par exemple, le ravageur le plus fréquent pour la plupart des cultures légumières. Pratiquement toutes les cultures et toutes les cultures de couverture peuvent servir d’hôtes à ce nématode particulier. Lisez les affirmations relatives aux cultures de couverture en ce qui concerne la lutte contre les nématodes avec attention : vous devez valider si les nématodes dont on parle sont bien ceux qui menacent vos cultures. Le chanvre de Bengale, un légume tropical, est par exemple utilisé en Floride en tant que culture de couverture de lutte contre les nématodes pour de nombreuses cultures légumières; toutefois, il ne cible que le nématode cécidogène.

Fig. 2 — parties aériennes du millet à chandelle

Fig. 2 — parties aériennes du millet à chandelle

On a déterminé que certaines cultures de couverture comme le millet à chandelle ou l’hybride sorgho soudan ne pouvaient pas servir d’hôtes aux nématodes, cette incompatibilité ayant toutefois tendance à être spécifique à chaque variété.

L’utilisation de cultures de couverture agissant comme des biofumigants, par exemple la moutarde d’Inde, constitue une autre voie pour lutter contre les nématodes ou pour les supprimer. De nombreuses cultures de couverture de la famille des brassicacées contiennent de grandes quantités de glucosinolates, des composants qui se désintègrent en des matériaux très similaires aux produits de fumigation chimique. Les brassicacées, sous réserve d’une bonne gestion, sont en mesure de faire pousser de grandes quantités de tissu vert dans un court délai. Cependant, la plupart des cultures de couverture de la famille des brassicacées constituent également des hôtes de rechange pour les nématodes radicicoles. L’utilisation de moutarde et d’autres biofumigants exige que la culture de couverture soit finement hachée pour libérer les composants, qu’elle soit travaillée régulièrement dans le sol et que ce dernier soit étanchéisé par travail du sol et tassage ou par irrigation.

Amélioration de la structure des sols et du drainage — les systèmes racinaires des cultures de couverture peuvent également aider à casser les semelles de labour pas trop profondes. Lorsque le compactage est plus grave, une culture alternée à plus long terme doit véritablement pousser afin que les systèmes racinaires atteignent la zone compactée. Choisissez un système racinaire fibreux du type de celui que l’on trouve dans les céréales de printemps, comme l’avoine, permettant d’agréger les particules du sol et d’en amender positivement la structure.

Structure du sol ciblée Culture de couverture la plus adaptée
Amélioration de la structure du sol à un niveau proche de la surface Choisissez un système racinaire fibreux (les racines fines favoriseront l’agrégation des particules du sol), des céréales de printemps ou d’hiver comme l’avoine ou le seigle, du sarrasin ou des graminées de saison chaude comme l’hybride sorgho soudan.
Semelles de labour pas trop profondes ou compactage Choisissez une culture de couverture avec une racine pivotante comme le radis ou avec un système racinaire fibreux agressif comme l’hybride sorgho soudan.
Compactage plus en profondeur dû au défoncement du sol ou à des activités de récolte Le problème va au-delà de la seule utilisation d’une culture de couverture. Les solutions suivantes font partie des choix possibles : 1) alterner des cultures hors production pendant plusieurs années en utilisant du mélilot ou de la luzerne pour briser la couche compactée et améliorer le drainage ou 2) mettre en œuvre une combinaison de travail du sol en profondeur ciblé (effectué dans des conditions de sol appropriées) et d’un programme de culture de couverture utilisant à la fois des cultures de couverture à racines profondes et à racines fibreuses comme le radis et le seigle ou l’avoine, en les laissant pousser pendant six à huit semaines minimum.

Pour obtenir des renseignements supplémentaires et pour comparer les cultures de couverture, veuillez consulter l’outil d’aide à la décision sur les cultures de couverture du site Web du Midwest Cover Crop Council en sélectionnant l’Ontario. http://mcccdev.anr.msu.edu/VertIndex.php

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