Lutte contre les thrips de l’oignon – Partie I : identification et surveillance

Marion Paibomesai, spécialiste de la culture des légumes; Mary Ruth McDonald et Michael Tesfaendrias, Station de recherche sur la culture de terres noires, Université de Guelph

Lors de la conférence de 2013 sur la culture de terre organique qui s’est tenue à Bradford, en Ontario, Mme Mary Ruth McDonald, de l’Université de Guelph, a fourni des renseignements précieux concernant les stratégies de lutte contre les thrips dans les conditions de croissance de l’Ontario. Mme Christy Hoepting, du Cornell Cooperative Extension Vegetable Program, a fait un exposé des plus instructifs sur la lutte contre ces insectes ravageurs et la recherche continue effectuée en la matière dans l’État de New York. Dans cet article, nous allons en premier lieu étudier la raison pour laquelle les thrips de l’oignon représentent un si grand problème, ainsi que la manière d’en faire le dépistage, avant de discuter dans une seconde partie des stratégies de lutte. 

Pourquoi les thrips représentent-ils un si grand problème?

Les thrips sont des insectes de très petite taille (<3 mm), de couleur crème à brun clair et au corps mou, se nourrissant de toute une série de cultures (figure 1). Pour s’alimenter, les thrips grattent le tissu du plant à l’aide de leur rostre et aspirent le contenu des cellules, ce qui apparaît sur les tissus foliaires comme de l’argenture. En privant la plante du contenu de ses cellules, les thrips réduisent sa capacité à effectuer la photosynthèse, ce qui peut se traduire par une diminution de son rendement, surtout si ceux-si se nourrissent de façon intensive juste au moment où se forment les bulbes des oignons.

Figure 1 Les thrips de l’oignon sont de très petits insectes ravageurs que l’on retrouve dans les oignons. Ce sont les petites taches jaune-brun que l’on voit au centre du plant.

Figure 1 Les thrips de l’oignon sont de très petits insectes ravageurs que l’on retrouve dans les oignons. Ce sont les petites taches jaune-brun que l’on voit au centre du plant.

Les dommages causés par les thrips rendent également les plantes plus sujettes aux maladies foliaires. Les thrips de l’oignon peuvent également être les vecteurs de phytovirus, tels que l’IYSV, le virus des taches jaunes de l’iris (Iris Yellow Spot Virus). Bien qu’aucun cas d’IYSV n’ait été signalé sur des plants d’oignons en Ontario au cours des dernières années, sa présence peut représenter, le cas échéant, une sérieuse menace pour le rendement des oignons. Selon les résultats des recherches préliminaires menées par la Cornell University, située dans l’État de New York, les bulbes infectés par le virus IYSV portent 8 à 33 % moins d’oignons que des bulbes non infectés.

Si vous possédez des oignons repiqués et des oignons semés, pensez à bien effectuer le dépistage sur les deux types de plants. L’utilisation de plants repiqués ou de cultures semées peut influer sur la durée de la protection requise. Comparés aux plants semés, les plants repiqués peuvent nécessiter moins de traitements, mais ceux-ci peuvent commencer plus tôt dans la saison.

Dépister les thrips de l’oignon

Commencez très tôt! Pour lutter contre ces insectes ravageurs, il est essentiel d’en détecter la présence le plus tôt possible, car la population de thrips est susceptible de croître rapidement et de manière exponentielle, lorsque les conditions sont idéales. Selon la température, il faut entre 10 et 30 jours aux thrips pour passer de l’œuf au stade adulte; en règle générale, le processus complet ne demande que 2 à 3 semaines. Les thrips de l’oignon femelles ont une reproduction asexuée (sans accouplement). Chaque femelle peut pondre entre 25 et 100 œufs. En conditions normales, si une seule femelle pond 25 œufs et que 50 % de ces œufs éclosent, la population peut exploser et atteindre environ 1 900 thrips en trois générations. Dans le pire des scénarios, si un adulte pond 100 œufs et que tous éclosent et parviennent à l’âge adulte, la population des thrips pourrait atteindre 1 000 000 de thrips en trois générations! Cela montre clairement pourquoi la détection et la lutte contre ces organismes nuisibles dès que possible sont essentielles.

Les thrips passent l’hiver sur les céréales d’hiver, sur le trèfle ou sur la luzerne cultivée. C’est lorsque ces cultures de plein champ et fourragères sont récoltées ou qu’elles commencent à sécher, vers la fin du printemps ou au début de l’été, que les thrips sont susceptibles de migrer vers les cultures légumières. Prenez note des champs voisins dans lesquels est cultivé ce type de plant et gardez un œil sur les activités de récolte des cultures de plein champ et fourragères. Les recherches effectuées dans l’État de New York ont démontré que les thrips sont plus susceptibles de passer l’hiver dans les sols dans lesquels se trouvaient précédemment des plants d’oignons, ainsi que dans la végétation située autour de ces champs. Les champs de plants d’oignons spontanés sont des sites susceptibles de subir une colonisation par les thrips très tôt dans la saison.

Dans l’État de New York, il peut arriver que 3 à 4 générations de thrips d’oignons se chevauchent chaque année et que l’infestation commence dès le mois de juin, ce qui signifie que pour une mise en terre mi-avril ou fin avril et une récolte au début du mois de septembre, les plants d’oignon auront besoin de 6 à 8 semaines de protection. À la Station de recherche sur la culture de terres noires, dans le Holland Marsh, en 2011 et 2012, la population de thrips de l’oignon n’a pas atteint des seuils de traitement, avant les 19 et 20 juillet, respectivement; ce seuil peut toutefois être atteint plus tôt ou plus tard dans la saison, selon les conditions météorologiques et l’endroit où se situe le champ en Ontario. Il est donc important de procéder au dépistage très tôt pour ne pas passer le reste de la saison en mode rattrapage.

Les thrips préfèrent s’alimenter sur les jeunes feuilles situées à l’intérieur du plant d’oignon. Gardez cela en tête lorsque vous effectuerez le dépistage des thrips et pensez à bien écarter les feuilles (figure 2). Les thrips peuvent également se trouver sur les plus vieilles feuilles, celles qui sont repliées sur le plant. Même s’il s’agit d’insectes de très petite taille, les thrips sont très mobiles et peuvent se déplacer très rapidement; essayez de les compter le plus rapidement possible avant qu’ils ne se cachent.

Figure 2 Écartez avec soin les feuilles de l’oignon pour compter les thrips.

Figure 2 Écartez avec soin les feuilles de l’oignon pour compter les thrips.

Consignez le nombre de thrips (nymphes et adultes) par plant pour 100 plants répartis sur l’ensemble du champ en veillant à bien écarter les feuilles des oignons afin de dévoiler les tissus foliaires les plus jeunes. Identifiez le stade de feuilles vraies du plant examiné et divisez le nombre de thrips par plant par le résultat pour obtenir le nombre de thrips par feuille. Dans le cas des oignons à cuire, des poireaux et des oignons d’Espagne, le seuil a été fixé à 1 thrips par feuille. Comme les thrips se développent particulièrement bien par temps chaud et sec, il vous faudra peut-être réduire les intervalles entre deux tournées de dépistage. Par temps frais et humide, le nombre de thrips a peu de chance d’augmenter rapidement, mais il est tout de même important de procéder assidûment au dépistage. Quelle que soit la situation, il est important de communiquer les chiffres aux producteurs, afin qu’ils puissent prendre des décisions éclairées, même si le nombre de thrips n’a pas atteint le seuil d’intervention. Il arrive parfois que les producteurs ne puissent se rendre sur leur champ pour y pulvériser le produit de traitement que plusieurs jours après le dépistage. Il est donc utile pour eux de savoir si le nombre de thrips approche du seuil.

Pour connaître la situation en Ontario concernant les insectes ravageurs, nous encourageons les producteurs et intervenants à suivre l’actualité des cultures, publiée par le MAAARO sur le site ONvegetables.com. Les mises à jour régulières visent à fournir un résumé des rapports sur les insectes ravageurs établis par les différentes régions de la province, lorsque ceux-ci sont disponibles, et incluent les rapports de la Station de recherche sur la culture de terres noires (Muck Crops Research Station, MCRS). Le climat, les degrés-jours et la situation relativement aux insectes ravageurs pour le secteur de Bradford/Holland Marsh, sont également consultables sur le site de la MCRS (www.uoguelph.ca/muckcrop, en anglais), qui est mis à jour deux fois par semaine durant la saison de croissance.

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