Les fumigants du sol et la production de tomates, partie III

Cheryl Trueman, M.Sc., professeure de collège, campus de Ridgetown, Université de Guelph; Janice LeBoeuf, spécialiste de la culture des légumes, ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario, Ridgetown; Anne Verhallen, spécialiste de la gestion des sols, horticulture, ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario, Ridgetown

Examen des facteurs pouvant contribuer à l’incohérence des résultats de la fumigation

Dans les deux précédents articles sur ce sujet, nous avons expliqué ce qu’étaient les fumigants et comment ils fonctionnaient, et nous avons présenté les résultats de nos recherches sur l’efficacité du métham-sodium établie lors d’essais en Ontario et dans d’autres régions, effectués dans des systèmes de production de tomates de plein champ. En Ontario, les résultats de recherches récentes indiquent que le métham-sodium n’est pas un outil efficace pour améliorer le rendement suite au dépérissement des plants et à la pourriture des racines dans les champs. Dans d’autres régions d’Amérique du Nord, les résultats sont ambivalents. Dans cet article, nous allons examiner les facteurs pouvant contribuer à l’incohérence des résultats de la fumigation.

Divers facteurs peuvent contribuer à la réussite (ou à l’absence de réussite) d’une application de fumigant de métham-sodium. Ces facteurs sont notamment : la méthode d’application, les conditions au moment de l’application, les activités qui se déroulent sur les lieux après l’application, les propriétés fondamentales du sol et les anciennes fumigations sur les lieux. Ces facteurs peuvent avoir une incidence sur la taille de la zone fumigée dans le sol ou le temps pendant lequel les ravageurs ciblés ont été exposés aux fumigants. Il ne faut pas oublier que les faits suivants sur le métham-sodium ont été présentés dans la partie I de cette série :

  • Le métham-sodium est un fumigant liquide qui se dissocie en isothiocyanates de méthyle gazeux après avoir été appliqué au sol. Ce sont les isothiocyanates de méthyle qui sont les matières actives contre les ravageurs du sol, mais aussi contre les organismes utiles.
  • Ces substances ont une faible pression de vapeur et une forte affinité pour l’eau, de sorte qu’elles ne se diffusent que de quelques pouces à partir de l’endroit où elles ont été produites (c.‑à‑d. où le métham-sodium a été déposé).

Méthode d’application : dans la production de tomates de plein champ de l’Ontario, le métham-sodium est principalement appliqué à l’aide de pals injecteurs centrés sur les rangées. Il s’agit d’une forme d’application en bande qui réduit la quantité totale de fumigants appliqués par acre de terre (et par conséquent, le coût de traitement d’un champ) comparativement à une application générale qui traiterait l’ensemble du champ. Dans le cas du métham-sodium, les producteurs doivent décider quelle est la largeur optimale de la bande et la profondeur optimale de l’application, compte tenu des caractéristiques d’enracinement des cultures, de l’emplacement des ravageurs dans le sol et de toute période d’infection critique (c.‑à‑d. le ravageur constitue-t-il un sujet d’inquiétude si les racines poussent en dehors de la zone traitée plusieurs semaines après la transplantation?).

La largeur de bande pour un injecteur pal unique est limitée par le mouvement latéral du produit par rapport au point d’injection. Des lames de pulvérisation peuvent être utilisées pour que la bande de produit soit plus large à une profondeur donnée. Les applications à une profondeur d’injection particulière ne couvrent qu’une portion de la zone d’enracinement principale des tomates. Si elles ne sont pas adéquates, on peut utiliser des applicateurs qui injectent le produit à plusieurs profondeurs. Toutefois, le coût du traitement augmente si les bandes sont plus larges et les profondeurs d’application sont multiples.

Conditions de l’application : il est important de s’assurer que le métham-sodium est appliqué dans des conditions optimales afin que son déplacement à l’intérieur du sol soit maximal, et pour limiter la dissipation des isothiocyanates avant qu’ils puissent tuer efficacement les ravageurs ciblés. Les conditions optimales sont pleinement expliquées sur l’étiquette du produit Vapam HL, et indiquent que la température du sol doit être comprise entre 4 et 32 °C à une profondeur de 3 po, et que l’humidité du sol doit être comprise entre 50 et 80 % de la capacité du champ. Un ameublissement adéquat du sol et une limitation de la quantité de résidus peuvent aussi produire de meilleurs résultats. Enfin, la surface du sol devrait être lissée et étanchéisée immédiatement après l’application afin d’éviter toute dissipation prématurée du produit.

 Activités après l’application : il faut savoir que seul le sol qui entre en contact avec le fumigant sera désinfesté; par conséquent, toute activité introduisant du sol provenant de l’extérieur de la zone fumigée peut contaminer cette dernière avec des ravageurs du sol. Cela peut se produire en cas de reprofilage des lits, d’incorporation d’herbicides ou d’engrais, ou également d’épandage entre les rangs ou de creusage de fossés en V. Il ne faut pas non plus oublier que les racines des plantes pousseront en dehors de la zone fumigée et dans le sol infesté durant la saison de croissance. Suivant le ravageur ciblé et la taille de la zone fumigée, cela pourrait avoir une incidence sur le degré de réduction des maladies ou offrir des avantages pouvant résulter de la fumigation.

 Propriétés propres du sol : nous savons tous que les propriétés du sol peuvent varier d’un champ à l’autre et aussi dans un même champ. Par exemple, les cartes de rendement indiquent souvent des parties d’un champ dans lesquelles les rendements sont plus élevés ou plus bas. Ces différences peuvent se produire pour de nombreuses raisons complexes, telles que des interactions entre la texture du sol, l’humidité du sol et les biotes du sol. Toute personne ayant prélevé des échantillons pour détecter la présence de nématodes sait que les populations dans le sol peuvent varier considérablement d’un point d’échantillonnage au suivant, et cela même à peu de distance. Ces facteurs conjugués font qu’il est difficile de déterminer si l’application d’un fumigant tel que le métham-sodium réduit effectivement les populations de ravageurs et augmente le rendement, ou si les différences constatées dans ces facteurs sont dues à une variation naturelle.

Tel que discuté dans la partie II de cette série, la réussite de l’application de métham-sodium dans divers champs peut aussi varier considérablement. Triky-Dotan et al. (2007) ont étudié cette variation de façon plus approfondie en examinant l’efficacité de la fumigation du sol de 34 sites, après avoir utilisé exactement les mêmes méthodes et conditions d’application. Des échantillons de sol ont été prélevés, inoculés avec des spores de Fusarium oxysporum f. sp. radicislycopersici et fumigés avec du métham-sodium. La durée au bout de laquelle les isothiocyanates se sont dissipés et la mortalité des spores F. oxysporum f. sp. radicislycopersici ont ensuite été mesurées. Il a été constaté que la mortalité des spores était d’autant plus élevée que la durée de dissipation des isothiocyanates était longue. Ce résultat souligne l’importance d’adéquatement étanchéiser le fumigant à l’intérieur de la terre après l’application. Toutefois, le groupe a aussi constaté que la mortalité des spores d’un champ à l’autre variait de 0 % pour 5 des 34 champs à plus de 90 % pour 17 des 34 champs. La texture du sol, la concentration de matière organique et le pH du sol avaient bien peu d’incidence sur cette variation. Autrement dit, dans certains champs, les taux de dissipation des isothiocyanates étaient très élevés et il en résultait une absence de mortalité ou une très faible mortalité des spores, et ces différences n’ont pas pu être expliquées par des propriétés de base du sol. Ces résultats suggèrent qu’il n’est peut-être pas sage de supposer que les résultats de la fumigation obtenus en un endroit seront les mêmes ailleurs.

Fumigations successives : les applications successives de métham-sodium en un endroit particulier peuvent aussi avoir une incidence sur le rendement économique de la fumigation. La dégradation accélérée est un phénomène qui a été identifié chez divers pesticides dans le sol. Autrement dit, après des applications répétées d’un même pesticide, les membres de la communauté microbienne du sol capables de rapidement décomposer le pesticide évoluent ou se multiplient. Par conséquent, le pesticide est décomposé tellement rapidement dans l’environnement qu’il risque de ne plus être efficace. Triky-Dotan et al. (2009) et Triky-Dotan et al. (2010) présentent des études de suivi de leur recherche initiale de 2007 dans lesquelles ils étudient l’effet des applications de métham-sodium sur les communautés microbiennes du sol. La dégradation accélérée a été documentée dans certains des sols analysés après aussi peu qu’une ou deux applications de métham-sodium, et il a été constaté que le métham-sodium n’a pas été capable de lutter contre les maladies visées.

Enfin, et ce facteur n’est pas le moindre : quelle que soit la situation dans laquelle vous envisagez une fumigation dans le cadre de votre programme de gestion des ravageurs, posez-vous la question suivante : quel est le ravageur ciblé? Avez-vous effectué la surveillance et l’échantillonnage appropriés pour déterminer si le ravageur est présent à des niveaux suffisants pour provoquer un dommage économique? Cette information vous aidera à déterminer si la fumigation est une solution potentielle, ainsi que la méthode et la dose d’application convenant le mieux. À la base de tout programme de gestion des ravageurs il y a l’identification correcte des ravageurs! N’oubliez pas que la fumigation est une tactique de gestion à large spectre qui est toxique tout aussi bien pour les ravageurs du sol que pour les organismes utiles du sol. De plus amples renseignements sur les méthodes d’échantillonnage et les seuils sont disponibles ici (ajouter le lien). http://onvegetables.com/2012/04/27/resources-for-vegetable-crop-scouts/

Références :

Triky-Dotan, S. et al. 2007. Generation and dissipation of methyl isothiocyanate in soils following métham-sodium fumigation: Impact on Verticillium control and potato yield. Plant Dis. 91:497-503.

Triky-Dotan, S. et al. 2009. Accelerated degradation of metam-sodium in soil and consequences for root-disease management. Phytopathology 99:362-368.

Triky-Dotan, S. et al. 2010. Microbial aspects of accelerated degradation of métham-sodium in soil. Phytopathology 100:367-375.

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