Les fumigants de sol et la production de tomates, partie I

Cheryl Trueman, campus de Ridgetown, Université de Guelph; Janice LeBoeuf, spécialiste de la culture des légumes, ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation de l’Ontario (MAAO) et ministère des Affaires rurales (MAR); Ken Conn, Agriculture et Agroalimentaire Canada; Anne Verhallen spécialiste de la gestion des sols, cultures horticoles, MAAO et MAR

Que sont-ils, quel est leur mode d’action et que nous disent les recherches récentes effectuées en Ontario à leur sujet?

Les fumigants du sol, que sont-ils?

Ces produits désinfectent le sol en tuant les ravageurs tels que les nématodes et les champignons pathogènes des cultures qui sont présents dans le sol, avant même qu’ils infectent les plants. Du point de vue de la phytopathologie et de la lutte contre les ravageurs, les fumigants du sol ont pour effet de réduire les quantités d’inoculum primaire présent sur un site pour faire diminuer l’incidence de la maladie dans la culture. Si l’on réduit le nombre de ravageurs présents à un endroit donné avant la saison de croissance de la culture, les plants seront touchés en moins grand nombre et moins gravement.

Au Canada, la chloropicrine et le métam-sodium (Vapam HL) sont homologués pour l’utilisation au champ. Ces deux produits sont étiquetés pour la lutte contre les nématodes et les pathogènes des plantes. Le métam-sodium est celui des deux qui est le plus employé par les producteurs de tomates. En Ontario, dans les cultures de tomates, on l’applique généralement en bandes à l’aide de deux pals injecteurs ou plus, ce qui permet de traiter les rangées avec plus de précision. Les profondeurs d’application sont généralement de six à huit pouces; cependant, dans d’autres régions productrices et dans d’autres types cultures comme les pommiers, on effectue souvent des applications beaucoup plus profondes ou à plusieurs profondeurs.

Quel est le mode d’action des fumigants du sol?

Après avoir été appliqué dans le sol, le métam-sodium, qui est un fumigant liquide, se dissocie en isothiocyanate de méthyle gazeux, puis en soufre et en azote. Ce sont les isothiocyanates de méthyle qui sont les matières actives contre les ravageurs du sol. Ces substances ont deux propriétés importantes, soit une faible pression de vapeur et une forte affinité pour l’eau, de sorte qu’elles ne diffusent que de quelques pouces à partir de l’endroit où elles ont été produites (c’est-à-dire où le métam-sodium a été déposé).

Recherches récentes sur la fumigation effectuées en Ontario

Après l’apparition du dépérissement des plants de tomate en 2009, le secteur a demandé à notre groupe de faire des recherches pour déterminer si le métam-sodium permettait de réduire les symptômes foliaires et de pourriture des racines qui étaient liés à ce phénomène. Nous avons effectué une série d’essais sous serre, dans des microparcelles situées à l’extérieur et au champ pour évaluer l’effet de l’application de métam-sodium sur la croissance des plants de tomates, sur les symptômes de la maladie et surtout sur le rendement des tomates. Notre objectif état d’évaluer le potentiel du métam-sodium dans des conditions idéales de fumigation (essais sous serre et sur des microparcelles), et dans les conditions qui prévalent dans le secteur de la production (essais en petites parcelles et en bandes).

Nos résultats sont résumés au Tableau 1 (serres et microparcelles) et au Tableau 2 (essais au champ). Nos essais avec témoin ont montré que la fumigation au métam-sodium avait quelques effets bénéfiques sur la croissance des plants, l’incidence de la maladie et le rendement des tomates, mais nos essais au champ n’ont montré aucun accroissement du rendement des tomates.

Tableau 1. Sommaire des résultats des essais effectués sur des microparcelles sous serre et à l’extérieur, évaluation de l’influence de la fumigation au métam-sodium sur la croissance et le rendement des plants de tomates et sur les symptômes de pourriture des racines (2010-2011).

Nom de l’essai Emplacement de la source d’infestation

Effet du métam-sodium par rapport au témoin non traité (P ≤ 0,05)

Diminution significative de la pourriture des racines? Accroissement significatif de la biomasse? Accroissement significatif du rendement?
Serre no 1 Un champ infesté

Oui

Oui

Non mesuré

Serre no 2 Trois champs infestés (dont 2010A)

Non

Non

Non mesuré

Microparcelle 2010 Un champ infesté (2010A)

Non

Non

Oui (taux élevé)

Microparcelle 2011 Deux champs infestés (2010A, 2011A, 2011D)

Non

Non

Non

Tableau 2. Sommaire des résultats des essais effectués sur de petites parcelles et en bandes, évaluation de l’effet de la fumigation au métam-sodium sur le rendement des tomates, 2010-2012

Traitement Taux selon l’étiquette Nombre d’injecteurs

Rendement (t/acre)a

Site A (2010) Site D (2011) Site D (2012)b Site E (2012)
Témoin sans fumigation

30,2 ac 35,3 a 59,6 45,3 a
Métam-sodium

Moyen

3

33,1 a
Métam-sodium

Élevé

2

37,0 a
Métam-sodium

Élevé

3

33,2 a 41,6 a 54,9 52,5 a
Métam-sodium

Élevé

4

62,1 51,8 a

a Site A : essai au champ sur une petite parcelle; sites D et E, essais en bandes. Pour tous les essais, la fumigation a été effectuée au printemps.

b Aucune analyse statistique n’a été possible parce qu’il manquait des parcelles.

c Dans la même colonne, les nombres suivis de la même lettre ne sont pas significativement différents pour P ≤ 0,05 (ajustement de Tukey).

Figure 1. Rendement des tomates dans les parcelles individuelles (cercles clairs) et rendement moyen pour chaque traitement (cercles foncés) au site E, traitement par fumigation au métam-sodium pour la lutte contre le dépérissement des plants de tomate, 2012. L'analyse statistique n'a montré aucun écart significatif entre les moyennes des parcelles traitées (ajustement de Tukey, P ≤ 0,05).

Figure 1. Rendement des tomates dans les parcelles individuelles (cercles clairs) et rendement moyen pour chaque traitement (cercles foncés) au site E, traitement par fumigation au métam-sodium pour la lutte contre le dépérissement des plants de tomate, 2012. L’analyse statistique n’a montré aucun écart significatif entre les moyennes des parcelles traitées (ajustement de Tukey, P ≤ 0,05).

On peut se demander pourquoi il n’y a pas d’écart entre les résultats obtenus à certains de ces sites alors que les moyennes des parcelles traitées semblent plus élevées que celles des parcelles-témoins. Le test statistique sert à comparer les résultats des divers traitements pour établir si les écarts quantitatifs constatés sont dus au traitement ou à un autre facteur tel que le hasard ou l’erreur expérimentale. Les résultats sont trop variables pour qu’on puisse affirmer que les écarts entre les quantités mesurées (rendements) sont dus à la fumigation. Des écarts semblables auraient pu apparaître si aucune fumigation n’avait été effectuée sur le site. On peut également examiner les résultats de chacune des bandes traitées par fumigation. La Figure 1 montre les données brutes de chaque bande du site E. On voit que dans certains cas, un type de traitement semble avoir donné un rendement beaucoup plus élevé qu’un autre, mais que dans d’autres cas les différents traitements ont donné des résultats très semblables.

Cette recherche nous permet de conclure qu’au champ, en présence du dépérissement des plants de tomate et des champignons provoquant la pourriture des racines, le traitement au métam-sodium n’améliore pas le rendement de façon efficace. Nos résultats concordent-ils avec ceux qui ont été obtenus ailleurs? Pour le savoir, voyez les parties II et III de cette série, qui paraîtront dans les numéros à venir du Carnet horticole. Vous pouvez communiquer avec Cheryl Trueman (ctrueman@uoguelph.ca, 519 674-1500, poste 63646) pour demander l’intégralité des rapports sur les recherches qui sont résumées dans le présent article.

Remerciements : Les auteurs remercient les producteurs participants de leur contribution ainsi que les membres du secteur qui ont participé à cette recherche, dont nos coopérants Chris Renwick (UAP), Irwin Schmidt (AMVAC) et Agris, pour le don de métam-sodium ayant servi aux essais. Les recherches dont il est question dans le présent article ont été financées par le partenariat MAAARO-Université de Guelph et par l’Ontario Tomato Research Institute.

Références

 Blecker, L.A., and Thomas, J.M. (2012) Soil fumigation manual: a national pesticide applicator certification study guide. National Association of State Departments of Agriculture Research Foundation.

Duniway, J.M. 2002. Status of chemical alternatives to methyl bromide for pre-plant fumigation of soil. Phytopathology. 92:1337-1343.

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